Biodiversité : les startups (aussi) se mobilisent pour la planète

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Photo par Marcos Paulo Prado via Unsplash

 

« La réussite économique ne saurait plus se faire aux dépens de la nature. » Publié il y a quelques jours, le Manifeste de Marseille de l’Union internationale pour la conservation de la nature ne cache pas l’urgence de mettre en place des politiques internationales ambitieuses en matière de protection de la biodiversité.  Rédigé à l’issue du Congrès mondial de la nature – organisé du 3 au 11 septembre 2021 à Marseille – ce communiqué de clôture invite d’ailleurs les Etats à prendre des « changements radicaux ». Un seul chiffre suffit à prendre conscience de l’urgence environnementale : 28 % des espèces mondiales seraient aujourd’hui menacées (soit plus de 38 000 sur environ 138 000). Parmi elles : les requins, les raies ou encore les dragons de Komodo. Au-delà de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et contre le changement climatique, l’humanité est donc aujourd’hui sommée de réduire, plus largement, les pollutions de toutes sortes et de protéger la faune et la flore sur les cinq  continents.

 

Pour relever un tel défi, les dirigeants pourront bien sûr recourir à la loi, mais également s’appuyer sur l’ingéniosité  des entrepreneurs. En France, plusieurs startups développent ainsi des solutions innovantes spécifiquement tournées vers la résolution de grandes problématiques environnementales comme la préservation des fonds marins, la bio-surveillance des territoires ou encore la qualité de l’eau.

 

Analyser et suivre la qualité de l’eau

Cette dernière catégorie occupe une place de choix dans l’écosystème français des startups vertes. En pratique, l’étude de la qualité de l’eau ne consiste pas seulement à analyser la composition d’une rivière ou d’une zone maritime à un instant t. Il s’agit également  de suivre, sur le temps long, l’évolution des caractéristiques de ce milieu naturel. Basée au sein du pôle entrepreneurial Le Cap à Argelès sur mer, Microbia Environnement développe et commercialise ainsi des biocapteurs génétiques chargés d’identifier et de suivre l’activité de microalgues ou de cyanobactéries d’intérêt nichés dans les eaux environnementales.

“Grâce à nos solutions, il est possible de tracer les tendances de proliférations problématiques et d’anticiper avec trois à quatre jours jours d’avance – selon le micro-organisme ciblé – les risques toxiques associés, explique Delphine Guillebault, CEO de Microbia Environnement. Cela permet de prendre les mesures adéquates, comme récolter les coquillages avant qu’ils ne deviennent toxiques, arrêter le pompage d’eau potable avant qu’elle ne contamine une usine ou fermer et rouvrir un site de baignade à bon escient.” Fondée en 2013, l’entreprise pyrénéenne a lancé, il y a quelques mois, la commercialisation de ses premiers kits Carla permettant à ses clients (laboratoires d’analyses environnementales, gestionnaires de site de baignade, exploitants d’eau potable etc…) d’effectuer leurs analyses en parfaite autonomie. La start-up vise désormais un développement à l’export grâce au soutien attendu d’un partenaire industriel ou d’un fonds de capital risque.

 

Dans le même univers, Fluidion développe une technologie d’instrumentation innovante pour étudier de façon autonome et connectée les paramètres liés à la qualité de l’eau. Basée dans la capitale depuis 2012, elle déploie déjà sa solution dans la Seine à Paris, en vue de l’ouverture de baignades en rivière pour les Jeux Olympiques 2024. Très présente à l’export, la start-up parisienne équipe également plusieurs grandes métropoles du vieux continent dans le cadre du projet European Digital Water City (Berlin, Milan…). Elle vient également de dévoiler un drone aquatique capable de suivre la qualité de l’eau dans des sites complexes à atteindre (Delta du Danube par exemple). « Nous utilisons des technologies de mesure brevetées et une électronique de dernière génération pour créer de véritables laboratoires autonomes, qui permettent de réaliser automatiquement et directement dans le milieu des analyses complexes de microbiologie (bactéries E.coli, entérocoques) et de chimie (nutriments, résiduels de désinfection, …). Nous avons également développé un fort savoir-faire dans l’élaboration d’études complexes utilisant notre instrumentation avancée, pour mesurer l’impact environnemental de certaines activités humaines et pour identifier et quantifier les sources de pollutions »  explique Dan Angelescu son CEO et Directeur R&D.

 

Aux côtés de Microbia Environnement ou Fluidion, d’autres jeunes pousses françaises se distinguent sur ce marché de l’analyse et du suivi de la qualité de l’eau. Citons par exemple BiOceanOr (station météo équipée d’intelligence artificielle) ou encore Vortex et F-reg qui proposent, chacune, un outil de prévention des risques d’inondation. Fondée en mai 2014, la dernière citée rassemble aujourd’hui 14 salariés sur son site de Biot (Provence-Alpes-Côte d’Azur). « Nous sommes des spécialistes de la maîtrise des eaux pluviales dans les réseaux d’assainissements« , explique son directeur général, Emmanuel Curinier. Nous proposons des systèmes innovants de lutte contre les inondations et contre les pollutions du milieu naturel en mobilisant la capacité des réseaux d’assainissement.” Parmi ses dernières réalisations de F-reg : l‘installation de pièges pour capter les macro déchets plastiques dans différents territoires français.

 

Un robot dépollueur de plans d’eau

Bien entendu, la détection d’anomalies dans l’eau ne constitue qu’une première étape. Une fois les pollutions marines identifiées, il s’agit de passer à l’action. C’est la mission de IADYS. Également basée en Provence-Alpes-Côte d’Azur, cette entreprise – fondée en 2016 – conçoit, développe et commercialise le Jellyfishbot : un petit robot capable de collecter les déchets et les hydrocarbures à la surface des plans d’eau. Une innovation environnementale à la croisée de l’IA et de la robotique. « Autonome, robuste et facile d’utilisation, le Jellyfishbot est une solution polyvalente qui s’adresse à tous les types de profils (ports, marinas, structures de loisirs et sportives, hôteliers, campings, site industriels, chantiers, chantiers navals…) ainsi qu’aux Instituts de Recherche », explique Nicolas Carlési, le fondateur et PDG de IADYS. « Il permet de nettoyer les zones difficilement accessibles par les opérateurs, en toute sécurité, de façon autonome ou téléopérée. En fonction des besoins (bathymétrie, qualité de l’eau, cyanobactéries …), il peut être équipé de sondes et/ou de capteurs. » En juin 2021, IADYS a bouclé une levée de fonds 1,57 million d’euros en vue de renforcer son équipe actuelle de onze salariés, d’accélérer son déploiement international et de lancer une nouvelle version autonome du Jellyfishbot, capable de détecter des obstacles dynamiques.

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Connaître et protéger les fonds marins

La bonne santé des fonds marins constitue également un enjeu majeur des débats actuels sur la biodiversité. Depuis plusieurs décennies, ces écosystèmes (microbes, animaux…) sont en effet perturbés par leur exploitation minière afin notamment de fabriquer des produits de haute technologie. A l’occasion du congrès de Marseille, l’UICN a d’ailleurs demandé un moratoire sur l’exploitation des fonds en eaux profondes. Sans attendre les décisions des Etats, plusieurs startups françaises ont mis au point des solutions permettant de mieux connaître et donc d’œuvrer à la préservation de ce type de zones naturelles. Née à La Ciotat en Février 2015, Seaviews se présente comme un bureau d’étude spécialisé dans la réalisation de cartographies sous-marines dans un but environnemental ou pour l’accompagnement des chantiers d’aménagement en milieu côtier. Ses domaines d’expertise naviguent de l’acquisition de données spatiales en milieu marin à la cartographie sous-marine, en passant par l’acoustique sous-marine ou l’écologie et biologie marine.

 

“ Notre valeur ajoutée réside dans notre capacité à innover en permanence afin d’améliorer nos services de cartographie en proposant des techniques d’acquisition et de traitement de données toujours plus performantes« , explique Arnaud Abadie, Océanographe et Ingénieur de recherche chez Seaviews. « Notre personnel est ainsi capable de diriger et de mettre en œuvre des programmes de recherche et développement en amont afin d’améliorer les services existants ou d’en créer de nouveaux. » La preuve avec le lancement, cet automne, d’un nouveau programme de recherche mené en partenariat avec l’Office Français de la Biodiversité. Objectif : cartographier simultanément les ressources halieutiques de la colonne d’eau et les habitats marins.

 

A une trentaine de kilomètres de la Ciotat, Notilo Plus contribue également à cette meilleure connaissance des fonds marins. Pour cela, l’entreprise marseillaise s’appuie sur l’usage de drones mais aussi sur un savoir-faire unique de collecte et d’analyse de données sous-marines grâce à l’IA. Fondée en 2016, la start-up compte aujourd’hui 25 salariés et vient de remporter le Maritime Innovator Award à l’occasion de la conférence Hiper 2021 consacrée aux véhicules marins à haute performance. Ses solutions s’adressent notamment aux exploitants de navires, d’éoliennes offshore et de fermes aquacoles cherchant à optimiser leurs coûts de maintenance.

 

« Fidèle à ses valeurs de curiosité et d’autonomie, notre entreprise a la particularité d’apporter une solution clé-en-main permettant non seulement la collecte mais aussi le traitement des données aquatiques », précise Nicolas Gambini, CEO et co-fondateur de Notilo Plus. « Nous croyons en une exploitation de l’océan davantage respectueuse de la biodiversité. Cela passe par une diminution des espèces invasives, une réduction de la consommation de carburant, un effort de prévention des hybridations entre saumon sauvage et d’élevage, ou encore une amélioration du temps de production d’électricité renouvelable. » Très implanté dans sa région, Notilo Plus a participé en septembre au congrès mondial de la Nature (UICN) et signé, en août 2019, un partenariat avec CMA CGM, leader mondial du transport maritime basé également dans la cité phocéenne.

 

Biosurveillance, ces abeilles qui font le bzzzz

Ce n’est pas sous la mer, mais bien dans les airs que se distingue la start-up charentaise Apilab. Une société qui compte désormais huit salariés à temps plein, mais s’appuie également sur des milliers de petites ailes pour mener à bien ses missions de biosurveillance. L’entreprise étudie en effet l’évolution de la biodiversité par le biais de l’étude et de la protection d’abeilles mellifères. « Leader en matière de biosurveillance par l’abeille, nous avons créé la méthodologie innovantes et normées « APIDIAG » (AFNOR X43-909), qui permet d’étudier la contamination de l’environnement par des polluants ainsi que leurs effets sur la santé des abeilles. Cette méthodologie est aujourd’hui utilisée par un réseau international de partenaires dans plus de 10 pays et permet de réaliser plus 30 000 analyses par an”, se félicite Benjamin Poirot, co-fondateur d’Apilab.

 

Les données produites par Apilab sont notamment utilisées comme indicateur pour les labels et certifications (biodivercity®, HVE, ISO 14001, etc) mais également publiées dans des revues scientifiques permettant une meilleure connaissance des impacts de l’Homme sur les abeilles et plus généralement sur l’environnement. Plus récemment, Apilab a également dévoilé une nouvelle offre de vidéosurveillance pour la sauvegarde des pollinisateurs. “L’analyse du taux de corps gras et de vitellogénine des abeilles d’hiver permet de déterminer la quantité et la diversité florale sur un territoire. Il existe en effet une corrélation entre ces indicateurs, le taux de corps gras et de vitellogénine des abeilles d’hiver et la qualité / disponibilité des ressources alimentaires pour les insectes”. Couplé à un suivi en temps réel par ruche connectée des activités de butinages, ce procédé permet de disposer d’indicateurs fiables et objectifs pour déterminer la contribution d’une entreprise ou d’un territoire pour la sauvegarde des pollinisateurs.

 

Dans cette même logique de mieux connaître la situation de la biodiversité en local, BLUECHAM développe – depuis 2008 – une nouvelle génération de systèmes d’aide à la décision, à destination des entités publiques et parapubliques (collectivités, organismes scientifiques…) et privées (industriels miniers, ONG, entreprises…). Issue de la Recherche publique française dans le domaine de la cognitique (automatisation du traitement de la connaissance), ces solutions Deeptech visent à préserver la biodiversité en optimisant les stratégies de développement des territoires et des industries. Ses domaines d’application : la protection des populations, la gestion durable des ressources, l’aménagement des territoires ou encore la concertation.

 

« Baptisée Qëhnelö, notre technologie est un ensemble de composants logiciels interopérables capitalisés au sein d’un Framework distribué et évolutif. Il permet de déployer des QHUB sur mesure qui font converger en temps réel les connaissances inhérentes à une emprise géographique, à destination des utilisateurs. L’approche UI/UX intuitive permet l’appropriation des connaissances par l’intermédiaire d’applications Desktop ou Mobile, de données et d’interactions humaines » explique Didier Lille, Président de BLUECHAM. En pratique, chaque utilisateur dispose d’un bureau virtuel depuis lequel il a accès à des ressources, données, algorithmes, applications et expertises. Un usage sans contrainte et sans obligation via une place de marché. Basée à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), BLUECHAM a déjà déployé ses plateformes digitales intelligentes en Australie, Indonésie, Nouvelle-Zélande, Papouasie Nouvelle-Guinée, Polynésie française, Fidji, Îles Marshall, Zambie ou encore au Vanuatu.

 

Le moment de la planète est venu

Enfin, comment ne pas refermer ce panorama des startups françaises au service de la biodiversité sans évoquer Time for the Planet ? Cette entreprise à mission – fondée en avril 2019 – vise justement à détecter, accompagner et financer les entreprises proposant de lutter concrètement pour la défense de l’environnement. “Nous savons aujourd’hui qu’il y a des innovations qui sont nécessaires pour l’environnement mais qu’il existe une grande difficulté à les identifier puis à les déployer” expliquait ainsi Nicolas Sabatier, co-fondateur de Time for the Planet dans une récente interview (Lyonmag – Août 2021). Une aventure collective, puisque chaque personne physique ou morale peut devenir actionnaire de Time for the Planet en investissant – au moins 1 euro – dans ce projet à but non lucratif. Parmi les initiatives déjà soutenues par l’entreprise lyonnaise : une solution de désacidification des océans grâce à l’utilisation d’une roche volcanique baptisée l’olivine.

 

“Nous savons que cela fonctionne, il y a des recherches qui sont faites depuis 50 ans. Mais on ne l’a jamais encore testé sur un écosystème où il n’y a pas ce type de sable. On va donc financer de la recherche scientifique pour vérifier si c’est, ou non, une bonne solution ». Réfutant tout greenwashing, Time for the Planet base son activité sur un indicateur de performance environnementale : le Taux de Retour pour la Planète. Un indice permettant de suivre concrètement l’impact d’un investissement financier sur la diminution des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Et les actionnaires sont au rendez-vous. Un an et neuf mois après sa création, Time for the Planet a en effet déjà rassemblé 5.751.108 € auprès de 28.771 actionnaires et a reçu près de 529 dossiers d’innovation à soutenir. Objectif final ? Recueillir 1 milliard d’euros pour soutenir 100 entreprises favorables à l’environnement. Face à l’urgence environnementale, en attendant les décisions des États, les startups se mobilisent, les citoyens aussi.

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