PERSPECTIVES+ | L’avenir de l’école numérique après la crise sanitaire ? La vision du fondateur de Klassroom, Frank-David Cohen

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Photo par Tamanna Rumee via Unsplash

 

Confinements, enseignements hybrides, contraintes sanitaires en classe… Ces 18 derniers mois ont perturbé le quotidien des professeurs, des enfants et des parents, et généré parfois une hausse des décrochages scolaires. Dans le combat contre ces derniers, les startups EdTechs ont de sérieux arguments et promettent de rapprocher les familles de l’école. Le témoignage de Frank-David Cohen, Fondateur de Klassroom.

 

Sur les plateaux de télévision comme dans l’hémicycle, la question de l’école était au cœur de la gestion de la crise sanitaire. Alors que l’on débattait de la marche à suivre pour réduire au maximum l’impact du confinement sur le niveau scolaire, les EdTechs (pour technologies de l’éducation) se sont retrouvées soudainement dans la lumière. Ces dernières n’auront pourtant pas attendu le Covid et la démocratisation de l’enseignement à distance pour exploser. A l’été 2020, une enquête menée conjointement par l’association Edtech France et EY Parthénon accouchait ainsi de chiffres colossaux. La filière regrouperait aujourd’hui environ 430 sociétés en France, pour 7000 emplois directs et 650 millions de chiffre d’affaires. Et pourtant « les startups de l’éducation, en particulier dans le scolaire, ont largement moins le vent en poupe chez les investisseurs que les fintechs par exemple », rembobine Frank-David Cohen cofondateur de Klassroom, au moment d’évoquer cet instant où son associé l’a convaincu d’opérer « un pivot » pour délaisser leur projet initial de réseau social au profit d’une application pensée pour répondre à un vrai besoin de société :  renforcer le lien entre les parents d’élèves et l’école.

 

Renforcer le lien entre l’école et les familles : un enjeu de société et pourtant…

Le domaine de l’éducation, bien qu’essentiel, est un domaine où l’innovation est encore difficile. « Notre force a été de comprendre une chose fondamentale, et ce dès le départ : le système pour accéder aux marchés des écoles, en particulier dans le premier degré, est complexe. Les écoles n’ont pas d’indépendance financière. Ce sont les collectivités qui sont en charge des budgets et l’Éducation Nationale a elle aussi son mot à dire. Aligner toutes ces parties prenantes est donc une mission compliquée, voire impossible ! » Avec l’explosion des MOOC, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle constituent les seules branches qui attirent massivement les investissements dans les Edtechs : ces deux segments concernent respectivement 46% et 63 % des start-ups de la filière.

 

A contre-courant de ce constat, Klassroom a décidé de se consacrer au premier degré (allant de la petite section de maternelle au CM2). Avec son application Klassly visant à  faciliter la communication entre les parents et les professeurs des écoles, “c’est littéralement toute la vie de la classe qui change”, résume succinctement Frank-David Cohen. « Les parents sont davantage impliqués dans la vie scolaire de leur enfant, le travail des professeurs est valorisé, le lien entre l’école et la famille est renforcé. Tout ceci a une conséquence immédiate sur l’épanouissement des enfants à l’école ».

 

La technologie au service de l’inclusion

En 2014, Frank-David et son associé sont partis du constat selon lequel le lien entre le monde de l’école et celui de la maison était rendu compliqué voire carrément rompu. Un enjeu capital lorsqu’on sait que 60.000 élèves mineurs sortent – chaque année – du  système scolaire sans qualification. « Certains parents ne parlent pas français et délèguent ces interactions au grand frère ou à la grande sœur, des conjoints divorcés n’ayant pas la garde principale de l’enfant se retrouvent parfois totalement en dehors de la question scolaire, le plan Vigipirate a réduit drastiquement les échanges parents – professeurs, sans parler du fait que la plupart des parents sont très occupés et n’ont pas le temps d’aller à la sortie des classes tous les jours à 16 h 30 », détaille le CEO.

 

Le défi était donc de réinventer cette communication et de renforcer ce lien parents-profs en prenant en compte les nouvelles réalités d’aujourd’hui, à commencer par le fait que le taux d’équipement des smartphones chez les moins de 40 ans frôlait déjà les 100%. Créer une application pensée pour le smartphone quand on s’adresse à des parents d‘environ cet âge a donc tout son sens. L’interface de Klassly, proche d’un réseau social que tout le monde sait déjà utiliser, a permis une adoption très rapide du produit aussi bien chez les professeurs que chez les parents d’élèves pourtant pas tous égaux face à la technologie. L’ajout de fonctionnalités d’inclusion comme la traduction des messages du professeurs dans une centaine de langues pour les parents allophones a eu aussi un impact considérable. Avec 92% des parents qui se connectent chaque semaine sur l’application et 3x plus de classes en REP+, Klassly veut être un formidable outil d’inclusion.

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Une approche révolutionnaire qui s’impose

Pour ne pas adopter une stratégie  top-down éloignée des impératifs du terrain (convaincre la hiérarchie et imposer le produit aux professeurs), Klassroom choisit de placer les professeurs au centre de sa démarche. L’objectif est que le professeur adopte le produit de lui-même et que rien ne lui soit imposé ! Une part trop importante des solutions achetées sont aujourd’hui  trop complexes et inadaptées. Elles ne sont par conséquent pas pleinement utilisées par les enseignants et donc par les parents », constate Frank-David Cohen. “A l’inverse, nous considérons que de donner la liberté aux professeurs de choisir leur outil est clé pour que la magie opère lorsqu’il est déployé”.

  

Cette approche bouscule les habitudes du secteur et nécessite une vraie démarche de pédagogie, et ce en dépit de l’adoption massive et de l’usage exceptionnel qu’en font les professeurs comme les  parents. Comme pour beaucoup d’Edtechs, le contexte Covid a joué un rôle d’accélérateur et calmé les réticences. Les solutions classiques – ENT entre autres –  ont en effet démontré qu’elles étaient soit trop peu déployées dans le primaire et soit non opérantes.  « La fermeture des écoles a exacerbé un besoin vital : celui de maintenir, voire de renforcer, le lien école-famille dans une société en pleine mutation. Seules les solutions numériques peuvent y apporter une réponse et permettre la classe à distance. » 

 

Un modèle économique flexible pour faire face à la complexité du marché

Aujourd’hui, le modèle économique de Klassroom est astucieux :  il s’adapte. Il existe pour les classes une version gratuite de Klassly et 2 versions premium. Lorsqu’une collectivité n’a pas de moyen (parce qu’il existe aussi des inégalités entre les communes) ou alors que le marché a été donné à un éditeur d’ENT, alors l’école peut opter pour la version gratuite de Klassly (70% des classes utilisent la version gratuite). C’est sur des services additionnels à destination des parents que Klassroom se rémunère principalement : options facultatives dans l’application, achat de livre photo souvenir à la fin de l’année scolaire et prochainement achat de contenus pédagogiques dans le cadre d’un partenariat signé avec les Editions Nathan.

 

Aujourd’hui, 75% des revenus de l’entreprise proviennent des parents et 25% des collectivités. Ces dernières viennent de plus en plus spontanément grâce aux excellents retours du terrain, alors même que l’entreprise n’a aucun commercial dans son équipe. Dans plusieurs grandes villes comme Le Havre, Boulogne Billancourt, Nanterre, Mantes la Jolie, etc. ce sont déjà plus de la moitié des classes qui utilisent Klassly sans que les équipes de Klassroom n’aient démarché qui que ce soit.

 

Klassly compte maintenant 1,5 million d’utilisateurs. Klassroom est ainsi devenu un acteur incontournable du secteur. Le Ministère de l’Education Nationale est en cours de discussion avec Klassroom pour conclure un accord sur le plan national. C’est une très bonne nouvelle pour l’entreprise qui devrait atteindre l’équilibre courant 2022, et ce indépendamment de cet accord.

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