Des conseils pour donner un nouvel horizon à sa gestion financière

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L’année 2020 est un grand huit émotionnel pour les entrepreneurs, avec des épisodes de confinement et déconfinement induisant une incertitude latente et un manque de visibilité certain. Dans ce contexte, Bpifrance a démontré toute sa puissance de feu avec un positionnement volontairement contracyclique permettant d’encaisser le bouleversement du marché. Entre PGE, prêt Rebond, prêt Lemaire et garanties en tout genre, les trésoreries des entreprises françaises ont en effet bénéficié d’un large soutien. 

 

Dans ce contexte, le 18 septembre dernier, Véronique Jacq (Directrice du fonds Digital Venture) et Jonathan Lascar (Directeur du Hub) se sont exprimés pour évoquer leurs activités respectives à l’heure de la crise, et dessiner les perspectives financières des startups à horizon 2021. La discussion était modérée par Adrien Chaltiel, CEO de la plateforme de financement Eldorado.co. L’occasion de parler endettement, recours au French Tech Bridge et bonne pratique pour appréhender les remboursements à venir.

De la gestion de crise au retour du moyen-terme

 

La gestion de crise a connu deux temps cette année : une on the spot, dans l’urgence, drastique et stressante pendant le confinement de mi-mars à mi-mai ; l’autre depuis, où il s’agit de naviguer entre reprise progressive de l’économie, rechutes périodiques et échéance prochaine des remboursements.

 

La gestion de crise pendant le confinement

Pour aider les dirigeants à sécuriser leur cash, les investisseurs sont véritablement intervenus en “mode pompier” selon les mots de Véronique Jacq. Deux leviers de préservation de la trésorerie ont été actionnés :

  • Pour favoriser les entrées de cash : cela s’est fait par la maximisation du chiffre d’affaires et la sollicitation de dispositifs d’urgence mis en place par le gouvernement.

 

  • Pour réduire les sorties de cash : un soulagement de trésorerie a été rendu possible par l’identification de postes d’économies dans le P&L (incluant le gel des projets d’investissement) et la revue du calendrier de recrutements.

 

Parmi les dispositifs d’urgence, on ne présente plus les Prêts Garantis de l’Etat. Du côté du financement par le capital, un nouveau dispositif mérite en particulier d’être mis en lumière : il s’agit du French Tech Bridge. Créé pour venir remplacer un éventuel investisseur défaillant, ce dispositif ouvre la possibilité aux fonds d’innovation de Bpifrance d’investir dans de nouvelles participations, sous forme d’obligations convertibles (OC) ou à bons de souscription d’actions (OBSA). Le dispositif est sollicitable jusqu’au 31 décembre 2020 et l’échéance de remboursement est prévue à horizon 18 ou 24 mois, selon la taille de l’investissement.

 

Gérer les prévisions des remboursements

Les PGE ont été accordés à des entreprises évaluées comme capables de rembourser le prêt, un calcul basé sur le montant du chiffre d’affaires ou la masse salariale. Parler de “surendettement” est donc quelque peu exagéré selon Véronique Jacq. En revanche, il y a une vraie question de mise à profit ou mise au travail du capital.

 

Tous ces apports financiers sont bienvenus et se veulent comme un véritable “confort de trésorerie” en attendant plus de visibilité économique. L’utilisation des fonds est à l’appréciation de chaque startup, certaines choisissant d’être économes en anticipation de prochains remboursements. Rien n’empêche en effet de mettre de côté les fonds si la startup a beaucoup réduit ses dépenses ou récemment levé des fonds.

 

Plus que jamais, la startup doit “être capable d’analyser les évolutions de son marché, sentir les signaux de reprise et être capable d’établir des projections sur son business”. Il faut être capable de reprendre son BP pour savoir comment tenir jusqu’à sa prochaine levée de fonds. Cet exercice doit être refait régulièrement en ajustant les hypothèses par rapport aux indices de reprise. 

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ANTICIPER LES ATTENTES DES INVESTISSEURS À MOYEN ET LONG TERME

 

Selon Véronique Jacq, “la grille d’analyse des projets n’a pas fondamentalement changé”. La gestion de crise par les entrepreneurs livre des éléments d’appréciation additionnels, mais ne constitue pas de nouveaux critères.

 

Valorisation de la capacité à faire preuve d’agilité et de pragmatisme

 

Selon Jonathan Lascar, la crise a été un véritable test de résilience pour les entrepreneurs, car elle a mis à mal des business qui avaient identifié un marché, développé un bon produit et trouvé leur product-market fit. Alors qu’habituellement les pivots sont la résultante d’un manque de traction, la fatalité a cette fois totalement rebattu les cartes.

 

Incertitude pour les uns, surcroît d’activité pour les autres… la crise aura eu l’avantage de mettre en lumière des faiblesses opérationnelles et économiques qu’il s’agit maintenant de corriger. Les entreprises doivent désormais développer les fonctionnalités critiques qui permettraient d’activer de nouveaux clients et de fidéliser les existants.

Il faut également s’attendre à des questions du type : “comment avez-vous géré la crise, votre P&L, vos clients ?” Ce sont des éléments qui permettent d’apprécier une forme de résilience et des qualités managériales.

 

Valorisation de la capacité à démontrer qu’on a su garder ses équipes motivées

 

Pour Jonathan Lascar, il est certain qu’on questionnera les dirigeants sur leur capacité à maintenir le moral des équipes et leur motivation sur le long terme. La crise a bouleversé beaucoup de choses de ce point de vue-là.

Tous les enjeux du moment, c’est de savoir comment garder et animer les collaborateurs de son équipe à distance, comment garder la motivation et les points de rencontre ou encore comment maintenir et renforcer une culture d’entreprise. On ne peut pas tout saisir en vidéoconférence.

 

NOUVEL ENJEU : RÉUSSIR SON ROADSHOW À DISTANCE

 

Digital Venture est resté “open for business” pendant la crise. Dix nouveaux investissements ont été réalisés depuis le début d’année, dont un intégralement à distance pour la première fois : Klassroom

 

Garder le cap des objectifs de croissance de moyen-long terme

Gardez en tête que ce qui intéresse les investisseurs, c’est comment votre entreprise va se développer dans les 3/5 ans. Leur rôle est d’investir et de vous accompagner dans la durée. Il faut donc être capable de les emmener dans une ambition long terme, en indiquant l’usage des fonds et la gestion du contexte.

 

L’impact des contraintes sanitaires sur le business et les ventes peut être détaillé dans le business plan, mais sans en faire trop conseille Véronique Jacq. Le deck doit rester classique, centré autour des perspectives de croissance, et, sauf exception, l’impact du Covid doit apparaître comme un paramètre parmi d’autres. 

 

Ne pas hésiter à repousser sa levée 

Comme les sources de financement ont été sollicitées en masse, en parallèle d’une réduction des dépenses, certaines entreprises se trouvent aujourd’hui avec une trésorerie plutôt confortable. On voit ainsi logiquement des startups repousser leur levée de fonds au vu de l’extension de leur cash runway. C’est pourquoi on relève peu de Série A et B par rapport à une période normale, même s’il s’agit seulement d’un décalage dans le temps.

 

En conclusion, on observe que si la capacité de de résilience des startups face à la crise est variable, il est déterminant de savoir la mettre en récit et en données pour rassurer les investisseurs. C’est aussi avec cette visibilité et cette transparence qu’il devient possible d’envisager la suite avec sérénité et d’offrir un nouvel horizon à sa gestion financière. 

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