L’innovation financière s’accélère : ce que les CFO doivent anticiper en 2026 – insights croisés de Memo Bank et Spiko

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Jean-Daniel Guyot et Paul-Adrien Hyppolite, CEO respectifs de Memo Bank, banque spécialisée dans l’accompagnement des entreprises à forte intensité transactionnelle et de Spiko, qui entend transformer la gestion de la trésorerie notamment grâce à la tokenisation de bons du Trésor, ont livré à une vingtaine de CFO leur vision des innovations et perspectives des Fintech en 2026.

CLUB CFO SPIKO MEMO BANK 2

Au cœur des échanges : le contexte économique et financier de ce début d’année, les principaux enjeux auxquels font face les directeurs financiers ainsi que les innovations et tendances qui émergent en 2026. Une discussion animée par Julie Desné, Key Account Director chez French Founders

Le contexte économique et financier est de plus en plus tendu pour les dirigeants d’entreprises, et encore plus pour les directeurs financiers qui sont en première ligne face à une « croissance qui ralentit et un coût du capital qui devient de plus en plus élevé ». 

Une significative augmentation des taux d’intérêt 

Paul-Adrien Hyppolite définit d’ailleurs l’augmentation du coût du capital comme l’une des composantes du contexte macroéconomique actuel qui impacte le plus les CFO dans leur quotidien. Le cofondateur de Spiko explique que, même si les taux d’intérêt ont commencé à baisser depuis mi-2024, ceux-ci ont malgré tout significativement augmenté depuis 2022. 

Pour Jean-Daniel Guyot, si le crédit pouvait être un enjeu pour les entreprises il y a vingt ou trente ans, ce n’est plus le cas aujourd’hui (à condition que l’entreprise soit rentable et en croissance). Le véritable enjeu se situe, selon lui, du côté de la trésorerie et de la gestion des flux. Le CEO de Memo Bank témoigne : « 50 % des clients qui se dirigent vers nous, le font certes pour automatiser leurs flux, mais surtout pour gérer au mieux leur besoin en fonds de roulement (BFR). » L’enjeu est donc de réduire drastiquement les délais de paiement « en utilisant les bons outils »

Comment faire « travailler » sa trésorerie ? 

Comment garder un certain niveau de trésorerie tout en optimisant son rendement ? Grâce à des produits financiers, plus ou moins flexibles. Jean-Daniel Guyot et Paul-Adrien Hyppolite mettent tous les deux l’accent sur la nécessité de l’accès à la liquidité pour les entreprises. 

Jean-Daniel Guyot le concède : avec certains produits proposés par Memo Bank et Spiko (les deux entités ont signé un partenariat stratégique en 2025), « le rendement ne sera pas optimal », comparé à un compte à terme par exemple ; cependant, l’accès à la liquidité sera optimisé. « Nous sommes certes capables de proposer des produits complexes et structurés ; mais nous sommes heureux d’avoir introduit davantage de simplicité sur ce marché, notamment grâce à Spiko, pour ceux qui le souhaitent » déclare le dirigeant de Memo Bank. Paul-Adrien Hyppolite abonde et souligne l’importance de proposer des solutions simples, adaptées aux besoins concrets des équipes financières et qui apportent une valeur au quotidien. 

Tous vers les banques innovantes ?

Quid des frais bancaires des banques traditionnelles et des bénéfices à adopter des solutions innovantes ? Selon Paul-Adrien Hyppolite, la bonne méthode consiste à « analyser le coût de manière globale, en intégrant le coût d’opportunité lié à la rémunération du cash disponible. L’argent qui reste inactif peut en effet compenser une part significative des frais totaux, voire les dépasser ». Pour Jean-Daniel Guyot, « les frais bancaires appliqués aux PME ne sont pas particulièrement élevés ». En revanche, « il subsiste un réel écart entre le montant de ces frais et la qualité de service délivrée aux PME » dit-il.

 

Discussion éclairante entre Jean-Daniel Guyot, CEO de Memo Bank et Paul-Adrien Hyypolite, CEO de Spiko, animée par Julie Desné, Key Account Director chez Frenchfounders

 

Qu’en est-il de la rémunération des comptes courants ? 

A ce sujet, Jean-Daniel Guyot est catégorique : cela ne fait pas partie du « pacte social français, qui favorise plutôt des dépôts peu rémunérés à taux fixes ». Paul-Adrien Hyppolite prend toutefois la défense du modèle français, rappelant que les comptes à terme y restent attractifs par rapport à certains pays européens et que des solutions flexibles se développent de plus en plus, notamment autour des fonds monétaires.

Pour le dirigeant de Memo Bank, le véritable défi se situe dans le contraste entre « le CAC 40 et le reste du monde ». Les banques peuvent ainsi s’adresser à un CFO en lui demandant « de dégager un milliard ». La contrepartie de tels échanges se situe donc dans la (plutôt bonne) rémunération des comptes. 

Et l’innovation dans tout ça ? 

Quelles innovations vont transformer la fonction finance dans les années à venir ? Paul-Adrien Hyppolite évoque tout d’abord la gestion de la trésorerie, cœur d’activité de Spiko. Il souhaite « rendre ces solutions plus accessibles aux entreprises qui ne disposent pas de la sophistication financière nécessaire pour des produits complexes ».

Autre domaine soumis à de fortes évolutions : le paiement cross-border. Le CEO de Spiko évoque notamment les stablecoins, de la monnaie électronique tokenisée, qui permet d’avoir du règlement-livraison quasi instantané et à très faible coût au niveau cross-border. 

Jean-Daniel Guyot, de son côté, insiste sur l’enjeu que représente la fraude, qu’il décrit comme un « problème majeur pour les PME ». « Optimiser sa trésorerie est crucial, mais si elle disparaît du jour au lendemain, l’impact sur l’entreprise peut être catastrophique. Selon certains experts, plus de la moitié des sociétés victimes d’une cyberattaque cessent leur activité dans les deux ans. » Le CEO de Memo Bank évoque par ailleurs un certain fatalisme parmi les entreprises françaises face à une attaque potentielle, et souligne l’importance de leur fournir les outils nécessaires pour se protéger efficacement. Comme par exemple, une extension de la « Verification of Payee (VOP) » qui comporte le numéro de SIREN et non le simple nom de l’entreprise. 

Enfin, comment évoquer l’innovation sans mentionner l’intelligence artificielle ? Le cofondateur de Memo Bank explique que ses équipes développent désormais leurs propres outils grâce à l’IA et automatisent certains processus au point de quasiment remplacer un poste humain, suite à une démission, ou même l’utilisation d’un logiciel externe. 

L’IA qui se trouve au cœur des préoccupations de nombreux participants à ce Club CFO. Certains ont partagé l’évolution de leur activité quotidienne grâce à ces outils, confirmant ainsi la notion de « bascule totale » évoquée lors de la discussion.

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