Large Venture : l’art d’équilibrer le risque

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Après l’année record qu’a été 2019 en termes de levées de fonds pour la French Tech, la crise sanitaire est venue marquer un coup d’arrêt à l’élan d’optimisme qui était de mise jusqu’alors. Pourtant, il y a bien des raisons de rester positif sur la santé de notre écosystème !

 

Par Mailys Ferrere, Directrice Pole Investissement Large Venture chez Bpifrance

 

Pour Bpifrance Large Venture, le premier semestre a été marqué par un dynamisme sans précédent : en quelques mois, nous avons réalisé autant d’investissements que toute l’année précédente. Mais au-delà de notre cas particulier, la dynamique enregistrée l’année dernière est toujours présente ; à fin juin, alors que l’année 2019 connaissait une activité soutenue, les tours de table supérieurs à 40 millions d’euros ont diminué de 14% seulement malgré le contexte de crise sanitaire.

 

Mieux, il y a eu 7 “deals” de plus de 100 millions d’euros annoncés après le début de l’année (dont 3 financés par notre fonds). Quant aux levées de fonds de plus de 20 millions d’euros, elles sont peut-être un peu moins nombreuses (31 contre 41 en 2019) mais restent à des niveaux élevés d’activité. Bref, contrairement aux secteurs du LBO ou du capital développement qui ont subi un coup d’arrêt, le capital-risque se porte encore bien : il est porté par l’attractivité des entreprises qui contribuent à digitaliser l’économie.

 

Alors certes, les investissements que nous avons réalisés depuis le début de l’année avaient tous été enclenchés avant la crise du Covid, mais aucune des levées sur lesquelles nous avons travaillé n’a été abandonnée. Certaines ont pris plus de temps, d’autres ont pu être renégociées, mais toutes sont arrivées à leur terme. Depuis la fin du confinement, nous avons d’ailleurs annoncé trois très belles opérations : Contentsquare, Swile et iBanFirst.

 

Au passage, les thèses d’investissement que nous déployons depuis 2013 se voient confortées. A l’époque, Large Venture avait été lancé pour impulser une dynamique autour des levées de fonds supérieures à 20 millions d’euros, un cap qui pouvait parfois représenter une des « vallées de la mort » du capital-risque. Pour les sociétés innovantes en forte croissance, il s’agit là souvent d’une période d’accélération, leur permettant d’envisager un tournant international ou une expansion de produits. Les fonds levés leur servent à se développer pour arriver ensuite sur le marché boursier ou être rachetées dans les meilleures conditions.

 

En effet, dans le passé, on a pu constater à regret que de nombreuses sociétés étaient rachetées alors même qu’elles avaient encore un potentiel de croissance important. Pendant que d’autres ont dû revoir leurs objectifs de croissance par manque de financement… Des sociétés n’ayant pas une maturité suffisante se sont aussi cotées trop tôt, sans être toujours en mesure de délivrer la promesse vendue ! Si elles avaient été plus matures avant d’arriver sur le marché boursier, elles auraient pu sans doute s’installer dans de bien meilleures conditions.

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En 2013, les entrepreneurs avaient besoin d’investisseurs de long terme, structurant pour leur capital et leur gouvernance, capables de les accompagner vers les prochaines étapes de leur développement : IPO ou sortie industrielle, au bon moment… C’est aujourd’hui toujours le cas. Et même plus que jamais.

 

Mais désormais, en France, les levées de 20 millions d’euros sont monnaie courante et ce sont plutôt les levées de plus de 100 millions d’euros qui doivent rejoindre les niveaux significatifs des écosystèmes anglais et allemands. L’attractivité du pays et le succès de ces startups vont permettre d’y arriver, et nous y contribuons pleinement.

 

Le rôle de Large Venture implique aussi d’avoir des thèses d’investissements complémentaires, qui équilibrent le risque global de notre portefeuille. Ainsi, des paris dans les champs DeepTech et biotech, coexistent aux côtés de modèles économiques éprouvés de marketplace et de software par exemple.

 

En outre, nous pouvons intervenir pour faciliter la croissance externe de nos champions nationaux, en les aidant à financer des acquisitions dans le cadre de stratégies de consolidation. Nous sommes persuadés que les mois à venir vont accélérer ces réflexions, ce que nous observons déjà au sein de notre portefeuille.

 

Pour conclure, soulignons un autre signe positif relatif à l’attractivité du pays : ces tours de table suscitent de plus en plus d’intérêt d’acteurs financiers internationaux initialement plutôt spécialisés dans le LBO et le Private Equity qui sont aujourd’hui attirés par l’écosystème tech français porteur.

 

Le Covid va accentuer cette tendance amorcée dès 2019 : visibles depuis un peu plus de deux ans, ces acteurs internationaux recherchent des leaders sectoriels qui bénéficient aujourd’hui de la digitalisation accélérée de nos économies. Il n’est pas anodin de trouver Goldman Sachs dans le tour de table de Back Market ou de LumApps et BlackRock qui investit dans Contentsquare… C’est un signe que nos startups sont de plus en plus matures et que leur statut de futurs leaders mondiaux est reconnu. Et cette tendance, nous mettons tout en œuvre pour qu’elle ne soit pas prête de s’arrêter.

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