Les nouveaux défis de la collaboration entre startups et hôpitaux

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Le 7 mai 2020, le Hub HealthTech et la direction Deeptech de Bpifrance ont organisé un webinair sur le thème de la collaboration Start-up – Hôpital dans le contexte de la crise sanitaire actuelle. Etaient conviés pour intervenir sur ce sujet le Dr. Bernard Castells, Directeur Adjoint performance du CH Valenciennes, Laurence Comte-Arassus, Présidente de Medtronic France, Enguerrand Habran Directeur du Fonds Recherche & Innovation de la Fédération Hospitalière de France et Chahra Louafi, Directrice du fonds Patient autonome chez Bpifrance. L’occasion donc pour nos quatre intervenants et Pascale Ribon, directrice Deeptech chez Bpifrance de revenir sur les constats trois mois après le démarrage de la crise en France et de partager leur vision sur les défis mais aussi les opportunités qui se présentent dans la sortie de crise.

Contexte : la crise sera longue et les défis nombreux dans les hôpitaux

La crise sanitaire du coronavirus aura eu des conséquences tragiques pour des dizaines de milliers de patients pris en charge au sein des hôpitaux. Ces mêmes hôpitaux qui ont dû se réorganiser très rapidement pour absorber cette vague de nouveaux patients.

La crise du COVID pose des questions de gestion d’un double flux de patients – Covid et non Covid – au sein de l’hôpital dès aujourd’hui et pour probablement encore longtemps note Bernard Castells. Pour éviter l’engorgement et assurer la disponibilité des lits et des soins aux patients graves atteints du COVID, c’est l’ensemble des parcours de soins qu’il va falloir adapter (admission aux urgences et soins intensifs, soins continus, transferts inter-hôpitaux…).

En effet, pendant que les hôpitaux tentaient de juguler les impacts de la crise, de nombreux patients non Covid ont vu leur examen déprogrammé, ou ont interrompu le suivi de leur pathologie avec leur praticien par peur du risque de contamination. C’est pourquoi après la vague de coronavirus, il faut s’attendre aux vagues indirectes des patients chroniques ou dépriorisés nous alerte Enguerrand Habran. C’est le risque de voir apparaître une seconde crise sanitaire renchérit Laurence Comte-Arassus.

« Le coronavirus n’a fait que mettre en évidence les défaillances qui existaient déjà dans notre système de soin. Sur notre territoire, chaque année, il y a 3300 personnes qui meurent prématurément, c’est-à-dire avant 65ans. Il y a pour ces personnes une perte de chance ancienne en lien avec la structure intrinsèque de notre système de santé « 

Bernard Castells, Directeur Adjoint performance du CH Valenciennes

On l’aura compris, ces trois derniers mois, les hôpitaux ont dû faire face à une situation sans précédent qui a profondément transformé l’organisation des soins dans les établissements et les façons de travailler pour les professionnels de santé qui ont su assurer ces prises en charge de manière pluridisciplinaire. De ce fait, on peut penser que cette situation exceptionnelle peut durablement impacter les modalités de prise en charge des patients non COVID et la routine clinique.

 

Les enjeux post COVID seront donc d’accompagner la reprise d’activité des établissements pour réorganiser les services et faire face à l’afflux de patients non COVID en tenant compte de la nécessité de conserver une infrastructure COVID disponible en cas de rebond. Afin de faire face à ce défi, il faudra trouver de nouvelles voies qui mobilisent l’ensemble des acteurs (industriels, startups, hôpitaux, médecine de ville, administrations, …). Pour les startups et les investisseurs, ces problématiques sont des opportunités pour créer ou développer des nouvelles solutions pour de nouveaux business. Néanmoins cette crise totalement nouvelle, amène à se poser de nouvelles questions dans l’analyse de valeur de ces opportunités nous précise Chahra Louafi. Il faudra par exemple s’intéresser à l’impact de la fermeture des frontières sur le développement clinique et commercial d’une société et plus que jamais on privilégiera des business scalables avec des chaines de décision courtes.

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Le numérique, un des éléments de réponse à la crise du COVID dans les hôpitaux

 

Le numérique est un marché totalement neuf qui, avant le COVID, comportait des incertitudes, nottament autour de la stratégie Go-To-Market de ces nouvelles solutions. Durant cette crise, de nombreux verrous sont tombés très rapidement remarque Chahra Louafi. Des verrous culturels, avec une adoption massive de ces nouvelles solutions mais aussi techniques et financiers avec l’intégration rapide de ces solutions au sein de l’architecture informatique de l’hôpital et une facturation au réel devenue possible ; des freins qui autrefois semblaient insurmontables.

« Sur la téléconsultation, on a été capable de faire en 10 jours ce que l’on n’a jamais été capable de faire en 10 ans. »

Laurence Comte-Arassus, Présidente de Medtronic France

Trois catégories de solutions se sont imposées rapidement constate Enguerrand Habran : la télémédecine (téléconsultation, télésoin et télésurveillance), la formation des professionnels de santé (avec des solutions comme Invivox ou SimforHealth) et la gestion RH, notamment sur le recrutement et la mobilisation de nouvelles ressources. Le changement culturel qui s’est opéré pendant la crise et qui a permis l’utilisation massive de la télémédecine ne disparaîtra pas après la crise du coronavirus. La télémédecine fait désormais partie de la panoplie d’outils qui pourra être utilisée pour effectuer le suivi des patients dans les prochaines vagues que l’hôpital va devoir (re)prendre en charge. Reprogrammation de soins via la téléconsultation, suivi de paramètres d’essais clinique à distance ou encore suivi des patients atteints de troubles psychiques sont autant de sujets sur lesquels la télémédecine pourra intervenir.

« La crise du coronavirus a permis d’évangéliser beaucoup de domaines qui avaient du mal à démarrer. »

Enguerrand Habran, Directeur du Fonds Recherche & Innovation de la Fédération Hospitalière de France

Le numérique est donc devenu une nécessité et l’IA a un rôle certainement important à jouer. Des solutions sont déjà sur le marché et permettent de répondre à certains des enjeux de la crise actuelle comme la gestion des flux. À titre d’exemple, on peut citer la startup Incepto en imagerie médicale qui offre des solutions d’aide au diagnostic pour le radiologue et qui permet ainsi d’améliorer et d’accélérer le triage des patients.

On s’attend également à ce que l’IA joue un rôle populationnel nous dit Bernard Castells. En effet, l’hôpital de Valenciennes a par exemple observé que 40% des personnes qui ont eu des complications suite à une infection au coronavirus sont des personnes solitaires. En prenant les référentiels et les données sociales qui existent dans différentes institutions (Ex : mairies, …), on peut imaginer que l’IA sera utilisée demain pour faire de la prévention et pas seulement du diagnostic et du soin du patient.

 

Il est important de rappeler que la qualité des données (structure, standardisation, complétude) et l’architecture du système d’information restent des prérequis au déploiement de nouvelles solutions qui permettent de partager ces nouveaux usages. Il est donc essentiel que les responsables du SI à l’hôpital s’intéressent au développement et comprennent la complexité et la structure d’une donnée rappelle Bernard Castells. Les données sociales sont quant à elles encore moins structurées et complètes que les données de santé. Dans une approche holistique et pour atteindre nos objectifs dans le domaine de la santé, améliorer la qualité de ces données sera un des défis majeurs à relever.

 

Une partie de la solution à la crise du coronavirus se trouve donc dans le numérique et dans la capacité de ces nouvelles solutions à accompagner le changement des pratiques et des usages dans les hôpitaux. En revanche, la transformation de l’hôpital et le déploiement de ces solutions ne sera possible que par une collaboration renforcée et plus étroite entre l’ensemble des acteurs, en particulier avec la médecine de ville.

La confiance au cœur de la collaboration Startup Hôpital

 

Comme dans toutes les grandes organisations, il existe au sein de l’hôpital des circuits de décision qui peuvent ralentir le lancement d’un projet de collaboration. Il est important pour une startup de connaître ces circuits et les interlocuteurs clés. Dans le numérique, la DSI est au cœur du processus de décision et il important de l’impliquer au plus tôt dans les discussions avec l’hôpital.

 

Au sein de l’hôpital de Valenciennes, une fois le projet validé, ce sont des équipes hybrides hôpital-startup qui travaillent à la conception et au déploiement des projets innovants au sein du GHT. Au-delà des aspects contractuels et financiers, l’hôpital va investir du temps, des compétences, du matériel et c’est aujourd’hui culturellement ancré dans l’hôpital décrit Bernard Castells. « Il faut développer les équipes de l’hôpital sur la coopération et la co-élaboration »

 

La transformation de l’hôpital ne pourra se faire que si les projets innovants associent l’ensemble des acteurs et que la confiance est au cœur du dispositif. Une des plus grandes inquiétudes soulevées par les hôpitaux dans leur collaboration avec des startups est la stabilité financière à long terme de ces dernières. En associant les administrations et les industriels aux projets innovants, on s’assure de dé-risquer les aspects financiers et d’assurer la scalabilité et la pérennité du projet. Pour Laurence Comte-Arassus, la collaboration et la confiance sont fondamentales et des initiatives comme Integrated Health Solutions (IHS) ou plus récemment l’accélérateur lancé par Medtronic ont pour objectif de renforcer cette coopération entre tous les acteurs. « Il ne faut pas transformer les startups en produit intégré dans des grands groupe, chacun doit garder sa spécificité ».

 

L’image de la startup et la confiance que cette image véhicule a évidemment un rôle prépondérant dans la concrétisation d’une collaboration avec un groupement hospitalier. Pour légitimer sa position et faciliter l’accès au marché public hospitalier, il est préférable pour une startup de considérer un référencement auprès des centrales d’achat publiques (UGAP, RESAH, UniHA). Il existe aussi, dans l’arsenal des dispositifs d’achat public, des techniques d’achat plus flexibles avec des contrats « exceptionnels » qui permettent à l’hôpital de s’affranchir dans des conditions précises de certaines contraintes, on peut citer par exemple les achats complexes (programme PHARE / OMAPO). Il faut aussi se rapprocher de certains groupements d’intérêt publique comme le SIB ou le MIPIH conseille Enguerrand Habran.

 

Le COVID a rappelé à tous que l’investissement dans un système de santé robuste est une nécessité. Dans un monde post COVID, Charhra Louafi voit de nombreuses opportunités pour des solutions qui permettent de générer de nouvelles sources de revenus pour l’hôpital. L’enjeu sera donc de continuer à accompagner l’hôpital dans sa recherche d’efficience et dans la valorisation financière de ses ressources et savoirs faire. Certaines de ces solutions qui développent de nouvelles activités existent déjà, comme la startup Invivox qui rend maintenant possible la monétisation à grande échelle de l’expertise d’un professionnel de santé.

« Avec la crise du COVID, tout le monde est en quête de sens […] Il y a des rencontres formidables qui se font entre des acteurs que l’on ne pensait pas pouvoir faire avant. C’est un nouveau modèle de financement de l’innovation qui se crée en rapprochant très tôt les acteurs qui tirent le marché, les acteurs de la tech et le monde de l’usage. »

Chahra Louafi, Directrice du fonds patient autonome chez Bpifrance

L’innovation frugale, où les coûts de déploiement et de fonctionnement sont couverts par les bénéfices engendrés après la mise en œuvre de la solution, aura aussi un rôle extrêmement important à jouer prédit Enguerrand Habran. Les améliorations et réduction de coûts issues de ces innovations permettront aux hôpitaux de développer des marges de manœuvre financières pour continuer de se moderniser.

 

Il est donc plus que jamais indispensable que dans le contexte d’une collaboration avec les hôpitaux, les startups repensent leur business model et tissent des liens avec l’ensemble des acteurs de la santé pour réussir ce changement de paradigme.

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