Biomemory rachète les actifs de Catalog : pourquoi cette opération est-elle stratégique ?
Fondée en juillet 2021, Biomemory développe une technologie de stockage de données sur ADN avec une ambition claire : rendre cette solution compatible avec les standards des data centers. Contrairement aux approches purement expérimentales, la startup française a fait le choix d’une stratégie orientée infrastructure, avec des systèmes pensés pour s’intégrer aux environnements normés du stockage mondial.
En décembre 2024, l’entreprise a levé 17 millions d’euros en Série A, avec la participation des fonds French Tech Seed et Deep Tech 2030 gérés pour le compte de l’État par Bpifrance. Biomemory est également accompagnée par Bpifrance et Le Hub depuis plusieurs années. Plus d’un an après cette levée, la startup annonce l’acquisition des actifs d’un acteur historique du stockage moléculaire et l’ouverture d’un bureau à Boston. Entretien avec Erfane Arwani, fondateur et CEO de Biomemory.
Vous venez de racheter les actifs de votre ancien concurrent Catalog. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Erfane Arwani : Nous avons acquis 100 % des actifs, mais il ne s’agit pas d’un rachat classique avec reprise du passif. Cela représente quatre grandes familles de brevets, soit une petite centaine de brevets, couvrant l’écriture de données, la lecture de données, le calcul sur ADN et d’autres briques technologiques connexes.
À cela s’ajoutent du matériel de laboratoire et des technologies matérielles et logicielles. Certaines de ces briques peuvent s’intégrer directement dans notre roadmap technologique et nous faire gagner du temps sur le go-to-market ainsi que sur les générations futures de notre technologie. L’opération nous permet également de structurer une présence à Boston avec une équipe déjà en place.
Pourquoi avoir choisi une acquisition d’actifs plutôt qu’un rachat classique ?
E.A. : L’objectif était d’accélérer technologiquement et commercialement, sans reprendre le passif de la société. Nous voulions récupérer les éléments stratégiques utiles à notre développement sans intégrer les contraintes associées à la structure juridique. En une seule opération, nous renforçons notre portefeuille de propriété intellectuelle et nous mettons en place un bureau opérationnel aux États-Unis. Cela nous fait gagner plus de six mois sur notre calendrier.
Les États-Unis occupent une place centrale dans votre stratégie. Pourquoi ?
E.A. : Le secteur du stockage de données est mondial. On retrouve des hubs majeurs en Asie, aux États-Unis et en Europe, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni. Aujourd’hui, les États-Unis constituent un marché particulièrement dynamique. Avoir une présence à Boston nous aide à créer une image locale et à instaurer une relation de confiance avec les acteurs du secteur.
16 mois après votre série A, où en est Biomemory ?
E.A. : Depuis notre dernière levée, nous avons fait sauter plusieurs verrous technologiques. D’ici l’année prochaine, nous prévoyons de lever une dizaine de verrous majeurs supplémentaires. En deeptech, le principal verrou commercial reste d’avoir un produit, car il est difficile de vendre sans technologie prête. Beaucoup de startups passent par une phase de non-recurring engineering, c’est-à-dire des développements spécifiques avec des partenaires, avant de mettre un produit sur étagère. Sur le plan technologique, notre enjeu principal était d’augmenter la vitesse d’écriture et de lecture, en particulier la vitesse d’écriture, et surtout de rendre la technologie compatible avec les contraintes physiques et normées des data centers.
Que reste-t-il aujourd’hui à dérisquer ?
E.A. : Le principal point reste l’écriture de données dans un environnement réellement compatible data center. Nous savons écrire des données, mais nous devons réduire significativement la taille de nos systèmes. Nous opérons encore dans des environnements trop volumineux et devons atteindre un format beaucoup plus compact pour être pleinement compatibles avec les standards des infrastructures existantes.
Où en êtes-vous sur le plan commercial ?
E.A. : Nous avons structuré notre développement par générations technologiques successives. L’idée n’est pas d’attendre la fin de la décennie pour commercialiser un produit avec de la valeur, chaque étape doit en générer. Aujourd’hui, nous travaillons principalement en non-recurring engineering avec des partenaires ciblés, notamment dans la banque et la défense, en co-construisant certaines briques technologiques. En parallèle, nous préparons une première offre commerciale standardisée et répétable qui sera lancée d’ici fin 2026. Elle reste confidentielle pour l’instant, mais elle marquera un tournant vers un modèle plus qualifiable et déployable.
Quel rôle a joué Le Hub dans cette trajectoire ?
E.A. : Le Hub nous accompagne depuis près de trois ans. Deux axes ont été particulièrement importants. D’abord le recrutement, avec l’identification de profils clés. Ensuite le go-to-market, à la fois sur des sujets stratégiques et très opérationnels. Cela va de la structuration de la roadmap commerciale jusqu’à des actions concrètes comme la refonte du site internet. Le Hub fonctionne avec des operating partners sur différents sujets, ce qui permet d’aller vite. Lorsqu’un besoin précis se présente, nous pouvons être mis en relation rapidement et avancer en quelques jours. Dans un environnement deeptech où chaque mois compte, ce gain de temps est structurant.
Le Hub